Revenu, pour un temps, dans sa Provence natale après de longues pérégrinations. Ancien juriste, Éric est enseignant et photographe. Son regard s’est façonné au fil des territoires : une année en Australie, où la puissance du vivant agit comme un choc fondateur ; cinq années en Irlande et de nombreux séjours en Écosse, où il fait ses premières armes en photographie de nature ; puis sept années à Paris, où son écriture s’oriente vers des formes plus urbaines et sociales.

Né dans le delta du Rhône, il développe très tôt une attention profonde au monde naturel et aux sciences. En 2016, lors des Rencontres Internationales de la Photographie d’Arles, un workshop et la réalisation d’un court-métrage marquent un tournant : la photographie devient une nécessité.

Sa pratique s’inscrit dans la lenteur et l’observation. « Naturaliste de l’image », il explore les tensions du réel — entre vie et disparition, apaisement et chaos. Son travail dialogue avec les univers de Maurice Genevoix, Sylvain Tesson ou Annie Ernaux, et les regards de Terrence Malick, Raymond Depardon, Josef Koudelka ou Sebastião Salgado.

Ancien activiste au sein de Greenpeace et du WWF, il développe une photographie engagée, attentive à la fragilité des milieux comme aux déséquilibres humains. Un passage à Goma en guerre civile, au cœur de ses stigmates, puis une immersion au Rwanda, nourrissent une réflexion plus intime : comment tenir ensemble la compassion pour les vies brisées par les conflits et la conscience des ravages infligés aux écosystèmes ? Là, la disparition des grands gorilles — et la fragilité de leur lente renaissance — devient le symbole d’un monde abîmé. S’y mêle une forme de culpabilité occidentale, diffuse mais persistante, face à une histoire dont nous ne sommes pas extérieurs.

Ses années en Irlande, notamment à Belfast, sont également déterminantes : ses échanges avec d’anciens membres de l’IRA lui révèlent la densité humaine des engagements, la mémoire des luttes et ce qu’il en coûte de vivre avec elles. Une leçon de complexité, loin des récits simplifiés.

Son expérience de juriste à la Maison de Justice et du Droit, puis son métier d’enseignant — de la primaire au post-bac, de Grigny aux quartiers plus favorisés de Paris — nourrissent une réflexion constante sur les fractures sociales, qu’il interroge sans céder à l’idée d’un déterminisme figé.

Deux séjours en Ukraine en guerre, marqués notamment par la lecture du Message d’Andrée Chédid, et par la rencontre d’enfants réfugiés et d’enseignants engagés, donnent une nouvelle portée à son travail : informer autrement, transmettre autrement. Comme l’écrivait Níkos Kazantzákis, « les meilleurs professeurs sont ceux qui se transforment en ponts ». Dans cette continuité, la lecture des images devient un outil simple mais décisif : apprendre à regarder pour mieux comprendre le monde — et, peut-être, donner aux plus jeunes des raisons d’y prendre part.

D.L Collectif